13 juin 2023

Renforcer la capacité d'Haïti à faire face aux inondations et aux ouragans par une action anticipatoire

Le World Food Programme (PAM) a récemment organisé un atelier en Haïti pour sensibiliser aux actions anticipatoires qui peuvent réduire les risques associés aux inondations et aux cyclones. Haïti a une longue histoire de catastrophes causées par les inondations et les cyclones, qui sont deux des aléas prévisibles les plus fréquents dans le pays. Haïti souffre également d'une capacité limitée à faire face à ces risques.

Haïti a connu plus de 36 ouragans et tempêtes depuis 1954, et plus de 65 inondations majeures entre 1959 et 2022. Beaucoup ont eu des effets dévastateurs, comme l'ouragan Matthew en 2016, qui a touché plus de 2 millions de personnes, l'ouragan Jeanne en 2004 (plus de 315 000 personnes touchées), l'ouragan Allen en 1980 (plus de 1,2 million de personnes touchées) et l'ouragan Hazel en 1954 (plus de 250 000 personnes touchées).

En outre, des inondations et des tempêtes tropicales de moindre ampleur causent régulièrement des dégâts importants et des pertes humaines. De fortes pluies et des inondations ont eu lieu en 2003, 2011 et 2012, ainsi qu'en juin de cette année. Ces événements répétés ont eu des répercussions négatives majeures sur le développement d'Haïti et le bien-être de sa population. Les dommages causés aux habitations, aux infrastructures et aux récoltes peuvent avoir des répercussions économiques à long terme et priver les habitants d'un accès aux services essentiels pendant de longues périodes.

En 2022, le rapport annuel INFORM a classé Haïti parmi les pays dont l'indice d'information est très élevé et dont les tendances en matière de risques sont en augmentation. De plus, selon le score ND-GAIN de 2020, Haïti est le neuvième pays le moins prêt au monde. Ces évaluations soulignent le besoin urgent d'investissements et d'innovations pour améliorer la préparation d'Haïti à l'action.

L'atelier, qui s'est tenu les 4 et 5 mai 2023 à Port-au-Prince, a été organisé par le PAM en étroite collaboration avec la Direction Générale de la Protection Civile (DGPC) et l'Unité Hydrométéorologique d'Haïti (UHM). Elle visait à initier une réflexion technique sur la manière dont l'action anticipatoire peut atténuer les risques et les impacts associés aux aléas prévisibles à développement rapide en Haïti.

Ce fut également l'occasion d'établir les prochaines étapes d'une action anticipatoire basée sur des prévisions pour les inondations et les ouragans, grâce à un processus consultatif impliquant 30 acteurs nationaux de 16 organisations, dont des représentants d'institutions gouvernementales, des donateurs, des organisations de la société civile, la Croix-Rouge haïtienne et des agences de l'ONU.

En réunissant la communauté hydrométéorologique et scientifique et ceux qui réagissent aux catastrophes et à leurs risques, nous avons fait des pas de géant en passant de prévisions qui se contentent de prédire [...] à des prévisions basées sur l'impact qui prédisent ce que le temps va faire.

Grâce à des prévisions de plus en plus qualitatives et précises, des informations plus rapides et plus fiables sont mises à la disposition de l'ensemble de la communauté de gestion des catastrophes pour prévoir l'impact des chocs naturels, ce qui permet une action anticipatoire en faveur des personnes les plus vulnérables avant que la catastrophe ne se produise.

La mise à disposition de ces informations sur mesure s'accompagne d'une responsabilité renouvelée : assurer un lien efficace entre les prévisions et les alertes précoces et des actions précoces ayant un impact.

Marcelin Esterlin Coordinateur de l'UHM et représentant permanent d'Haïti auprès de l'Organisation météorologique mondiale (OMM)

L'atelier a débuté par les remarques d'ouverture de Jerry Chandler, directeur général de la DGPC, aux côtés d'Esterlin Marcelin, coordinatrice de l'UHM, et de Marc André Prost, directeur national adjoint du PAM en Haïti. Les discussions ont ensuite porté sur certains des principaux thèmes de l'atelier :

  • Lareconnaissance de l'importance des actions anticipatoires en Haïti. L'importance des actions d'anticipation en Haïti s'explique en partie par la forte exposition du pays aux événements hydrométéorologiques. De plus, l'insécurité croissante dans le pays a diminué la capacité de la population à se préparer de manière adéquate et à faire face à ces événements extrêmes, entraînant des destructions massives et des coûts plus élevés pour le gouvernement et ses partenaires.
  • Souligner l'importance d'intégrer l'action anticipatoire tout au long du cycle de gestion des risques de catastrophes (GRC). Cela permettra de préserver les gains à long terme obtenus grâce aux efforts d'atténuation et de prévention visant à renforcer la préparation aux catastrophes et les capacités de réaction aux situations d'urgence.
  • Identifier des activités spécifiques qui s'alignent sur les interventions de réponse actuelles en tant qu'actions anticipatoires potentielles. Les discussions ont mis en évidence l'efficacité des transferts d'argent anticipés, de préférence basés sur le panier de dépenses minimum. Les régimes de protection sociale, en particulier les travaux en cours en vue de la mise en place d'un système de réaction aux chocs, ont été considérés comme un point d'entrée favorable à la mise en œuvre d'actions fondées sur les espèces.
  • Souligner la nécessité de renforcer les capacités en tant qu'aspect fondamental des travaux futurs. Il sera essentiel de veiller à ce que tous les partenaires, du niveau national au niveau local, aient le même niveau de compréhension. Par exemple, des lignes directrices nationales pour l'action anticipatoire permettront d'harmoniser l'implication des différentes parties prenantes. L'organisation d'un exercice de simulation a également été proposée comme moyen de démontrer comment l'action anticipatoire fonctionne et peut être efficacement intégrée dans le système de gestion des risques de catastrophes.

À travers ces discussions, l'atelier visait à jeter les bases d'un progrès ultérieur vers la mise en œuvre de l'action anticipatoire en Haïti et l'intégration de cette approche dans le cycle national de gestion des risques de catastrophes.

Au début, [l'action anticipatoire] semblait être quelque chose que nous faisions déjà. Mieux comprendre l'approche... apporte quelque chose qui peut vraiment aider les communautés. La présence [de la DGPC] ici explique la valeur que nous accordons au travail avec nos partenaires. S'il y a une action qui bénéficie à la population, cela vaut la peine de l'adopter dans le système ; ... c'est pourquoi la DGPC est ici aujourd'hui, pour continuer à travailler à soutenir la résilience de notre population.

Emmanuel Pierre Directeur des opérations, DGPC

L'atelier sur l'action anticipatoire en Haïti

Lors d'un récent atelier, les partenaires ont discuté de la manière d'atténuer les effets des phénomènes météorologiques extrêmes et de devenir plus sensibles au climat et aux chocs.

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Cet article a été rédigé par Silvia Pieretto, responsable de l'adaptation au climat et du financement des risques, PAM Haïti.

Le projet d'action anticipatoire basé sur les prévisions en Haïti est financé par le ministère fédéral allemand des affaires étrangères et mis en œuvre par le PAM. Il crée des synergies avec d'autres projets en cours sur la préparation aux situations d'urgence, la réponse et l'alerte précoce. D'autres projets d'action anticipatoire en Haïti sont mis en place par Diakonie Katastrophenhilfe et Humanity and Inclusion. Ces acteurs encouragent la création d'une communauté de pratique nationale pour soutenir une compréhension commune et une approche coordonnée de l'action anticipatoire dans le pays, ainsi que pour faciliter l'implication de nouvelles parties intéressées.

Le projet de protection sociale adaptée aux chocs est dirigé par le MAST et mis en œuvre par le PAM avec un financement de la Banque mondiale.